Haïti: risque élevé de propagation du coronavirus dans les prisons surpeuplées

En Haïti, la propagation de l’épidémie de Covid-19 est encore limitée : officiellement 18 personnes ont été diagnostiquées, mais le pays n’a réalisé que 200 tests depuis l’apparition du premier cas, il y a plus de trois semaines. La majorité de la population haïtienne survit grâce à l’économie informelle.  Il est donc difficile d’envisager un confinement et la pratique de distanciation sociale est loin d’être devenue une habitude.

Les autorités tardent à prendre des mesures de prévention contre le virus et la société civile s’inquiète surtout pour les populations les plus vulnérables. Les détenus incarcérés dans les prisons surpeuplées du pays comptent parmi les personnes les plus à risques.

En Haïti, de multiples difficultés pour faire face à la crise du coronavirus

À ce stade, 15 cas de contamination ont été confirmés en Haïti, mardi. Mais les foyers se multiplient. La ministre de la Santé prévient la population que « des jours plus sombres nous attendent ». Le corps médical de son côté critique la lenteur et l’insuffisance des mesures mises en place par les autorités. Le point avec Gotson Pierre, rédacteur en chef du site d’information Alterpresse.

Selon Gotson Pierre, les entreprises ont commencé à réduire leurs activités. Mais « nous sommes loin d’un confinement systématique », précise le rédacteur en chef d’Alterpresse. « Les gens fonctionnent au jour le jour ».

La lenteur de la communication des autorités

Les derniers chiffres datent du week-end dernier, avec une rectification lundi 30 mars : 15 personnes contaminées, des cas « confirmés » dans quatre départements. Les autorités, explique Gotson Pierre, donnent seulement des chiffres par rapport aux départements. Un choix critiqué par le secteur médical selon lequel il faudrait identifier les communes concernées. Ce manque d’information pourrait provoquer des angoisses supplémentaires, explique un spécialiste interviewé par Alterpresse. Une meilleure communication sur les municipalités touchées par la pandémie permettrait d’isoler les cas pour essayer de contenir la propagation, selon Gotson Pierre.

Le rédacteur en chef rappelle que jusqu’à présent seulement 105 personnes ont été testées. Cette lenteur dans la gestion de la crise est vivement critiquée par la population qui observe une pratique différente en République dominicaine. Dans le pays voisin, le gouvernement fait un point quotidien sur la progression du virus. La République dominicaine a eu son premier cas confirmé au début du mois de mars. À ce jour, explique Gotson Pierre, le pays compte plus de 40 décès liés au Coronavirus et plus de 1 000 cas confirmés.

Très peu de structures pour effectuer des tests en Haïti

Pour l’instant, seul le Laboratoire national de santé publique effectue des tests. Il se trouve à Port-au-Prince. Ce qui complique la prise en charge pour une personne qui habite loin de la capitale, sachant que cela prend 24 heures pour obtenir le résultat du test. Ce dispositif compliqué explique aussi la lente progression des cas confirmés, d’après Gotson Pierre. Le biologiste haïtien Matendrick Adolphe, qui s’exprime dans Alterpresse, met aussi en garde contre des tests non approuvés par les autorités. Des tests non fiables seraient une catastrophe prévient-il. On ne saurait pas qui est touché par la maladie.

Il y a donc un double défi pour les autorités : garder le contrôle sur les tests et les rendre accessibles. D’après le biologiste, « le pays sera très limité dans la gestion de la pandémie de Covid-19 ». Selon lui, Haïti aura besoin du soutien de la communauté internationale. Plusieurs médecins contactés par Alterpresse suggèrent aux autorités de conserver une « certaine souveraineté nationale dans la gestion de la crise », il faudrait mobiliser le système de santé. Mais le problème, explique Gotson Pierre, c’est que la santé n’a jamais été une priorité de la politique du gouvernement. Seulement 4 % du budget sont consacrés à ce secteur.

Chronique d’une catastrophe annoncée

En tout cas les Haïtiens, même si certains « veulent croire à un miracle » selon Gotson Pierre, s’attendent à une situation catastrophique dans les semaines à venir. « Je suis très inquiet », nous confie le rédacteur en chef, en pointant les failles du système de santé, la promiscuité et le fait que les gens ont l’habitude de vivre « au jour le jour ». Le gouvernement a annoncé vouloir recruter du personnel de santé pour accompagner les personnes dans les centres d’isolement. Ces centres d’isolement seront établis dans différentes régions du pays, explique Gotson Pierre.

Autre problème selon lui, c’est que dans le département de l’Ouest seulement 19 ambulances sont opérationnelles. Et le rédacteur en chef de pointer encore un autre problème, à savoir le protocole de prise en charge des malades. Selon des témoins testés positifs, c’est un véritable parcours du combattant qu’ils ont dû réaliser pour se faire soigner, à commencer par la difficulté d’appeler une ambulance.

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