L’ex-président Uribe devant la Cour suprême colombienne

Celui qui a mené son pays d’une main de fer de 2002 à 2008 est le premier ex-chef d’État mis en examen dans l’histoire du pays. Il est accusé d’usage de faux et de subornation de témoins.

L’interrogatoire a duré sept heures. Dans la rue, au pied du palais de justice, les partisans et les détracteurs d’Alvaro Uribe se sont mesurés toute la journée à coup de slogans et d’insultes. « Uribe, la Colombie est avec toi », criaient les uribistes qui considèrent que leur chef est innocent, victime d’une justice politisée, infiltrée par les communistes. Les anti-uribistes et les défenseurs des droits de l’homme se réjouissent eux de voir l’ancien président enfin devant la justice.

Sénateur depuis 2014, Alvaro Uribe reste le leader incontesté de la droite dure et le mentor de l’actuel chef de l’État Ivan Duque. C’est le premier ex-chef d’État mis en examen dans l’histoire de la Colombie.

Subornation de témoins

Des dizaines d’enquêtes ont été ouvertes contre lui tout au long de sa carrière politique. Elles attendent dans des tiroirs. Aujourd’hui l’ex-président est formellement accusé d’avoir tenté de retourner le témoignage compromettant de deux anciens paramilitaires qui sont en prison.

Au terme de cet interrogatoire historique, le président de la Cour suprême a rappelé que la pression des manifestations ne pèsera pas sur la décision des magistrats. Ceux-ci ont dix jours pour décider s’ils envoient Alvaro Uribe en prison préventive en attendant son jugement qui pourrait prendre plusieurs mois.

Affaire ukrainienne: la Maison Blanche ne coopèrera pas avec le Congrès

L’avocat de la Maison Blanche a solennellement fait savoir que la présidence refusait de coopérer avec la Chambre des représentants dans l’enquête en cours dans le cadre de la procédure de destitution. Un refus signifié dans une lettre de huit pages adressé à la cheffe de la majorité à la Chambre Nancy Pelosi. Celle-ci a réagi peu après : ce refus de coopérer est « une tentative illégale de dissimuler les faits ».

«Pour faire simple, vous tentez d’annuler les résultats de l’élection de 2016 et de priver les Américains du président qu’ils ont librement choisi », écrit l’avocat de la Maison Blanche. L’avocat n’évoque pas sur le fonds les faits reprochés au président, mais dénonce un vice de forme : il estime que sans vote préalable, la chambre n’a pas le droit de lancer une enquête. Ce que contestent les démocrates. Il conclut sa missive de huit pages par ces mots : « Afin de remplir ses devoirs envers le peuple américain, le président Trump et son administration ne peuvent participer à votre enquête partisane et inconstitutionnelle. » Conséquence de ce courrier, aucun membre de l’exécutif ne répondra aux convocations du Congrès, et les documents réclamés ne seront pas transmis.

Le courrier a été envoyé quelques heures après que l’exécutif a interdit à un diplomate de témoigner devant le Congrès. Une décision vivement dénoncée par Adam Schiff, le chef de la commission du renseignement à la chambre : « Nous considérons cette action comme une entrave au fonctionnement d’une branche égale au gouvernement. »

À l’instar de l’hôte de la Maison Blanche, les républicains dénoncent une procédure fantoche : « C’est un tribunal bidon, toute la procédure est une mascarade politique, un spectacle de clowns », tance Lee Zeldin, représentant de New York.

Les autres cartes des démocrates

« Le président considère qu’il est au-dessus des lois mais ce n’est pas ce que dit la Constitution », a réagi Adam Schiff après la parution de lettre de l’avocat de la Maison Blanche. Cette annonce est aux yeux de Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, « simplement une autre tentative de cacher les faits sur les efforts éhontés de l’administration Trump de faire pression sur des pouvoirs étrangers afin qu’ils interfèrent dans les élections de 2020 ».

Ce courrier pourrait bien constituer un nouveau motif de destitution. Mais la procédure risque d’être ralentie. À défaut de se défendre sur le fonds, Donald Trump gagne du temps.

Les démocrates comptent malgré tout s’accrocher. Ils disposent déjà des déclarations de Donald Trump qui a ouvertement sollicité l’Ukraine et la Chine pour obtenir des informations sur son rival Joe Biden. Les enquêteurs pourront s’appuyer sur les témoignages de personnes extérieures à l’administration… Ils espèrent notamment entendre vendredi l’ancienne ambassadrice américaine à Kiev, Marie Yovanovitch, que Donald Trump a vivement critiquée lors de l’appel à son homologue ukrainien.

Les démocrates peuvent aussi organiser un vote pour donner à leur enquête la légitimité formelle exigée par la Maison Blanche. Quelle que soit l’option choisie, l’affrontement va se poursuivre entre le Congrès et l’exécutif.

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