La crise du 737 MAX aura finalement coûté sa place à Dennis Muilenburg. Le couperet est tombé ce lundi 23 décembre pour le patron du groupe Boeing qui a démissionné. Il sera remplacé par l’actuel président du conseil d’administration David Calhoune. Le groupe a sobrement justifié ce choix en parlant d’un changement « nécessaire » pour restaurer la confiance.

Il était temps. Dix mois que l’avion vedette de Boeing, le 737 MAX, est cloué au sol par les autorités de régulation du monde entier à la suite de deux crashs mortels. Tout le monde guettait le feu vert de la FAA, la Federal Aviation Authority, l’agence américaine de régulation du secteur, pour une reprise des vols commerciaux en cette fin d’année. Dennis Muilenberg l’assurait lui-même à plusieurs reprises, les 737 max revoleront d’ici Noël. C’est ce qui justifiait le maintien de la production, même ralentie des 737 MAX. Sauf que les autorités américaines ont douché ce mois-ci tous les espoirs. Aucune chance pour cet avion de retrouver les airs avant février, au mieux. Dans la foulée, Boeing annonçait qu’il suspendait la production dès janvier. Dennis Muilenburg perdait toute crédibilité.

En première ligne pendant l’année noire de Boeing

Il a même fini par en devenir le visage, tant il a été envoyé au front tout au long de l’année. Ce pur produit de la maison Boeing a dû affronter la colère des proches des victimes des deux crash mortels. 346 morts dans l’accident du vol Lion Air en Indonésie et celui d’Ethiopian airlines. Les familles se sont tournées vers la justice pour faire payer Boeing.

La colère des compagnies aériennes, qui exploitent le 737 MAX du groupe, s’est ajoutée à la note déjà salée, alors que les premières perdaient beaucoup d’argent.

Vers la concurrence Airbus

En octobre dernier, Dennis Muilenburg était avec d’autres dirigeants du groupe devant les membres du Congrès, sous le feu de questions précises sur la gestion jugée désastreuse de la crise. Au même moment, en Indonésie, les enquêteurs pointaient la responsabilité du désormais fameux MCAS, le système anti-décrochage dans le crash. Dennis Muilenburg, qui ce jour-là venait de perdre ses prérogatives de Directeur général, reconnaissait pour la première fois des erreurs commises par le groupe. Un mea culpajugé tardif par les observateurs.

Une crise profonde avec les autorités américaines

En particulier avec la FAA qui refuse toujours d’autoriser la reprise des vols. Boeing n’a pas réussi à la convaincre des changements opérés sur le système défaillant. Mais les parlementaires, en examinant les rapports entre Boeing et la FAA, ont mis au jour autre chose. Ils ont émis des doutes sur l’indépendance réelle de l’agence vis-à-vis du groupe, émettant un soupçon de collusion. Ce qui fait que la crise de Boeing est aussi la crise de l’autorité de régulation américaine. Dans le communiqué de Boeing annonçant la démission de Dennis Muilenburg, le groupe travaillerait à « réparer » ses relations avec le régulateur.

David Calhoune, officiellement PDG le 13 janvier prochain

Le désormais PDG hérite donc de la crise du MAX qui coûterait d’après les estimations au moins 10 milliards de dollars. Sans doute beaucoup plus car même si l’avion obtenait l’autorisation de voler, il faudrait gérer cette reprise et cela se ferait très progressivement.

Le président Donald Trump, en pleine campagne pour sa réélection en 2020, surveille de près le sort de Boeing. Il avait appelé Muilenburg il y a 10 jours pour s’assurer que les emplois américains directs ou indirects ne seraient pas menacés. Par ailleurs, l’image du groupe s’est encore ternie la semaine dernière avec les déboires de Boeing Space dont la capsule Starliner a échoué à rejoindre la station spatiale internationale. Un énième échec, qui a certainement rendu ineluctable le départ de Dennis Muilenburg. Le choix d’un profil de financier pour lui succéder est clairement destiné à rassurer les investisseurs.

L’action en bourse de Boeing a d’ailleurs rebondi immédiatement après l’annonce de la démission de Dennis Muilenburg.

La Russie teste son propre Internet, pour résister en cas de cyberguerre

La Russie teste des équipements conçus pour isoler son Internet des serveurs mondiaux et se prémunir ainsi des cyberattaques d’ampleur. Une loi en faveur d’un Internet souverain est entrée en vigueur dans le pays début novembre.  

L’Internet russe veut faire cavalier seul. Depuis ce lundi 23 décembre, le pays teste de nouveaux équipements destinés à alléger la dépendance des entreprises et organisations russes aux grands serveurs mondiaux, a fait savoir le ministère russe des communications. L’annonce fait suite à l’entrée en vigueur d’une loi controversée en faveur d’un internet souverain »

Selon le Kremlin, cette loi est censée protéger le « segment russe » de l’Internet en cas de déconnexion des serveurs américains et européens. Le but est notamment de permettre aux services de l’État et au réseau bancaire russe de fonctionner même en cas de guerre ou de cyberattaques massives.

Concrètement, le trafic internet sera réorganisé de manière à réduire la quantité de données transmises via l’étranger. Les utilisateurs du net ordinaires « ne vont même pas remarquer que ces tests sont en cours », a assuré le porte-parole du ministère, Evgueni Novikov.

Cloisonner Internet

À cette fin, les fournisseurs d’accès devront installer d’ici 2021 une infrastructure spéciale fournie par les autorités, mais dont la nature n’a pas été révélée. Cette technologie permettra au gendarme russe des télécoms, Roskomnadzor, d’effectuer au besoin une « inspection profonde de paquets » (DPI), soit une analyse de tout le trafic qui transite par les serveurs russes et de rediriger ce flux vers des sites ou des services spécifiques.

Roskomnadzor aura également la possibilité de faire basculer le trafic national sous son « contrôle centralisé » en cas de « menace à son intégrité ». Il pourra ainsi bloquer tout site ou contenu directement, une tâche qui incombe actuellement aux opérateurs.

Les autorités russes précisent qu’il ne s’agit point d’isoler l’internet russe ou de se donner les moyens d’une censure généralisée. « L’internet libre et l’internet souverain, ces deux notions ne se contredisent pas », a affirmé le président russe Vladimir Poutine, lors de sa conférence de presse annuelle organisée la semaine dernière. La loi vise à s’assurer que « nous avons nos ressources qui peuvent être activées pour qu’on ne soit pas coupés de l’internet », a-t-il ajouté.