Assange, archange de la liberté de la presse

Le lanceur d’alerte et fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange, sera confronté à la justice britannique lundi 24 février lors d’une audience qui va statuer sur son éventuelle extradition aux États-Unis.

Imaginons un lanceur d’alerte français qui croupirait dans une prison avant d’être extradé vers un pays où il risquerait une condamnation à 175 ans de prison. Évidemment, les hommes politiques, les médias, les milieux culturels se mobiliseraient. Or, avec Julian Assange, dont le lien avec l’hexagone n’est pas si lointain puisqu’il a un fils de nationalité française, rien de tout cela ne se passe. Jeudi soir, le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, a même fait part d’un « défaut de solidarité de la presse » alors qu’il y a quelques années les médias américains voulaient le mettre sous la protection du premier amendement qui protège les journalistes. N’est-ce pas à lui qu’on doit des révélations sur la sordide guerre en Irak ?

Alors bien sûr, c’est vrai que l’image de Julian Assange s’est dégradée depuis quelques années. Il y a d’abord l’accusation de viol en Suède. Une procédure que Christophe Deloire suspecte d’avoir été abusive et qui a été classée sans suite. Il y a ensuite sa proximité avec la Russie. Julian Assange a accepté en 2012 de devenir chroniqueur de Russia Today. Surtout, en 2016, c’est l’élection américaine avec des mails d’Hillary Clinton, piratés par la Russie et exhibés sur Wikileaks, selon le rapport Mueller, qui n’incrimine pas directement Assange. Donal Trump s’en frotte les mains. Et voilà que la grande presse américaine prend ses distances, pour ne pas dire se lave les mains, du sort d’Assange.

L’homme passe sept ans à l’ambassade d’Équateur. Il en sort en avril 2019 pour rejoindre la prison de Belmarsh, à l’Est de Londres. Il y est détenu dans des conditions telles que le rapporteur de l’ONU, Nills Melzer, parle d’ « exposition prolongée à la torture psychologique ».

C’est donc un homme affaibli qui comparaîtra lundi à Londres. Le juge espagnol Baltazar Garzon coordonne sa défense, et Eric Dupont Moretti assure le suivi en France où il demande l’asile politique. Au-delà d’Assange, c’est toute la question de WikiLeaks qui arrive à la barre. Car si on peut poursuivre la collecte et la diffusion d’informations, au nom de l’Espionage Act, aux États-Unis, alors les journaux qui se sont associés à WikiLeaks sont complices. Et ce sont toutes les fuites de données dans les médias qui sont condamnées.

La défense de Julian Assange compte bien plaider la persécution d’un éditeur ou d’un journaliste par les services de renseignements américains. Et elle promet des révélations sur un marché qui aurait été tenté par Donald Trump il y a quatre ans : passer l’éponge sur Julian Assange en échange d’infos sur les mails des démocrates.

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