Pourquoi Google ferme son réseau social Google+

Google a annoncé lundi soir une faille de sécurité dans son réseau social Google+. Il sera fermé progressivement dans les dix prochains mois.

Une décision radicale. Google a annoncé lundi soir dans un billet de blog qu’il allait fermer progressivement son réseau social Google+ après la révélation d’une faille de sécurité qui a compromis les données personnelles de 500.000 utilisateurs du service entre 2015 et mars 2018. Pour Google, c’est un moyen d’éviter des critiques trop dures et de justifier l’arrêt de son réseau social qui, depuis son lancement en 2011, n’a jamais décollé. Récit d’un échec.

Ne pas rater le virage de “l’internet social”…

Nous sommes en 2011, Facebook, lancé en février 2004, a déjà convaincu plus de 10% de la population mondiale. Twitter, arrivé sur ce marché quelques années plus tard, commence, lui aussi, à décoller. De son côté, Google n’a pas de réseau social et s’inquiète de rater un virage stratégique. Pour se rattraper il lance, fin juin, Google+, son propre réseau social reprenant certains éléments qui ont fait le succès de ses concurrents : les pages personnelles, un fil d’actualité… Durant les premières années, il bénéficie d’une forte croissance. Pour convaincre encore plus d’utilisateurs, Google décide de lier la quasi-totalité des comptes YouTube et des adresses Gmail à un compte Google+ et ce même si les utilisateurs en question ne l’utilisent jamais. En 2015, Google atteint finalement les 111 millions d’utilisateurs actifs chaque mois, un nombre loin d’être suffisant pour le géant mondial du web. A titre de comparaison, à la même période, Facebook comptait 1,59 milliard d’utilisateurs.

Fin 2015, la firme tente une relance en simplifiant l’usage de son service. Plusieurs fonctionnalités, comme Discover qui permettait de découvrir des articles populaires sur le web, sont supprimées. D’autres sont repensées et bénéficient d’un nouveau design. Mais l’avance de Facebook et de Twitter est désormais trop grande.

Même si Google+ était toujours en ligne, Google n’a plus fait d’annonces le concernant depuis plus de deux ans. Dans un communiqué publié lundi soir suite au piratage de son réseau social, Google admet d’ailleurs son échec : “La version grand public avait un usage très faible, 90% des sessions sur Google+ durait moins de 5 secondes”. Autrement-dit, les utilisateurs se connectaient par erreur et partaient aussi vite que possible.

… mais en sortir honorablement

Restait un point à régler, comment se sortir de cet échec. Google en a visiblement trouvé un. Après avoir découvert une faille de sécurité touchant 500.000 utilisateurs en mars et avoir décidé de ne pas la divulguer immédiatement – ce qui devrait lui être sérieusement reproché – pour ne pas être confondu avec le scandale Cambridge Analytica qui avait lieu au même moment, il se décide à fermer son réseau social. L’arrêt se fera progressivement dans les dix prochains mois jusqu’en août 2019. A partir de ce moment, la version grand public sera totalement inaccessible. Seule une version entreprise, utilisée pour communiquer entre salariés, restera active et sera dotée de nouvelles fonctions.

Pour éviter qu’une telle faille se reproduise, Google a également annoncé lundi qu’il allait modifier certaines API, les logiciels qui permettent aux autres applications de se connecter à ses services. Les développeurs n’auront par exemple plus accès à l’historique d’appel ou au SMS des utilisateurs de smartphones Android. Les contacts des utilisateurs seront également mieux protégés.

Science

-Ces lieux où le réchauffement climatique fait déjà des ravages

Dans son “rapport spécial” publié lundi, le Giec pointe la nécessité d’agir rapidement pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C. Mais aujourd’hui, tous les pays sont déjà plus ou moins affectés.

Depuis la Révolution industrielle, les émissions de gaz à effet de serre générées par l’homme ont déjà fait grimper la température mondiale de 1°C. Si rien n’est fait rapidement, le réchauffement devrait même atteindre 1,5°C entre 2030 et 2052, ont alerté lundi les experts de l’ONU (Giec). Mais à certains endroits du globe, les ravages d’ordre climatique sont d’ores et déjà critiques, voire irréversibles… Et ne frappent pas que la banquise, loin de là.

La Grande barrière de corail, au large de l’Australie

Depuis la fin du 19ème siècle, la température de surface des eaux marines a progressé en moyenne de 0,8°C, et son niveau s’est élevé de 20 centimètres. L’océan est aussi de plus en plus acide. Pour les coraux, tous ces ingrédients forment un cocktail mortel. Selon une étude publiée dans la revue Science en janvier dernier, leur blanchissement s’est même multiplié par dix en moins de quarante ans.

Première zone touchée : la Grande barrière de corail, plus grand récif au monde avec ses 2.300 kilomètres de long au nord-est de l’Australie. Dans ce vaste ensemble, environ un tiers des coraux sont d’ailleurs morts durant la vague de chaleur survenueentre mars et novembre 2016, premier épisode de deux années consécutives de blanchissement.

Et les nouvelles ne sont vraiment pas rassurantes. Le mois dernier, des chercheurs de l’université du Queensland, en Australie, et de l’université de l’Algarve, au Portugal, se sont rendu compte que les coraux dépérissaient également en profondeur, alors qu’on pensait leurs maux limités à quelques mètres. Le développement de l’industrie du charbon et du gaz accentue encore le phénomène.

Sous la pression du gouvernement australien, l’Unesco a toutefois renoncé à inscrire la Grande barrière de corail sur la liste du patrimoine mondial en péril

Le barrage de Glen Canyon, aux États-Unis

À l’origine, il avait été construit en 1963 pour retenir le lac Powell – le deuxième plus grand lac artificiel des États-Unis, alors victime de nombreuses crues. Mais alors que son niveau le plus haut a été atteint en 1980, beaucoup de choses ont changé depuis, dans le Colorado. Depuis 2012, la neige et les précipitations sont en effet anormalement basses car la région subit une sécheresse permanente. Selon la Nasa, le lac n’est ainsi rempli qu’à 42 % de ses capacités en raison de cette sécheresse et de l’utilisation abusive de son eau, destinée aux habitants du Nevada, de l’Arizona et de la Californie… Pourquoi ? Parce qu’avec les fortes chaleurs, leurs besoins en eau ont augmenté.

Témoignage de ces bouleversements, les énormes marques blanches laissées sur ses berges, qui s’érodent dorénavant.

La ville de Saint-Louis, au Sénégal

Au Sénégal, c’est tout le contraire. Cette fois, les dégâts sont dus à la montée des eaux, notamment dans la ville de Saint-Louis, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Dans la première ville fondée par les Français en Afrique subsaharienne, aujourd’hui peuplée de 170.000 âmes, l’érosion menace. La brèche creusée en 2003 à l’initiative du gouvernement et censée lutter contre les crues fluviales s’est élargie sous la force des vagues de l’Atlantique. Trois villages ont déjà été engloutis et de nombreuses maisons grignotées par le sel. Des destructions “en partie liés aux changements climatiques”, selon le géologue Pape Goumbo Lô, et aggravées par l’urbanisation en zones inondables. 

La Mer de Glace, en Haute-Savoie

Parfois, les images et les chiffres valent mieux que les mots. C’est le cas dans les Alpes, où le thermomètre grimpe deux à trois fois plus rapidement qu’ailleurs. Le plus grand glacier de France – 32 km² sur le Mont-Blanc – a ainsi perdu 2,5 km de longueur et plus de 150 m d’épaisseur depuis 1830.

Le montage ci-dessous, qui confronte un cliché des années 1940 à un autre pris en 2003 à Chamonix, confirme cette évolution, qui s’est même accélérée ces dernières années, selon les mesures du laboratoire de glaciologie de Grenoble.

Le Kilimandjaro, en Tanzanie

Sans parler de l’Alaska, de l’Arctique ou de l’Antarctique, le phénomène de fonte est également sensible en Afrique, où le glacier du Kilimandjaro a perdu 80% de sa surface en un siècle, dont un quart entre 2000 et 2007.

Une image satellite capturée par la Nasa montrait déjà en février 2000 l’évolution du mont depuis 1993. Les plus hauts pics, qui auraient plus de 10.000 ans, pourraient même disparaître d’ici 2030, notait en 2013 le chercheur Pascal Sirguey, lors d’une conférence de l’Union américaine de géophysique.

Le Bangladesh

Aucun coin de la planète ne semble épargné par le réchauffement climatique. Et leBangladesh fait aujourd’hui partie des pays les plus vulnérables. Ici, les cyclones –leur lien avec la hausse des températures reste néanmoins à prouver scientifiquement – surgissent tous les deux-trois ans, contre vingt auparavant, les inondations sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus puissantes, comme ici en 2004 à Dacca.

Pour ces mêmes raisons, l’État du sous-continent indien pourrait perdre 20% de son territoire d’ici 2050. Et plus les eaux avancent, plus les hommes reculent. À cette date, les “réfugiés climatiques” pourraient être 50 millions dans le pays… 

Climat : le réchauffement peut atteindre 1,5°C dès 2030, les effets risquent d’être “irréversibles”

Dans un rapport dévoilé lundi, les scientifiques du GIEC expliquent que limiter le réchauffement à 1,5 degré demandera “une transition rapide et de grande portée”. 

Le monde devra engager des transformations “rapides” et “sans précédent”, s’il veut limiter le réchauffement climatique à 1,5°C, soulignent les experts climat de l’ONU (Giec), dans un rapport de 400 pages publié lundi.

Des changements “irréversibles”. Dans ce rapport, les scientifiques exposent les nombreux impacts déjà à l’oeuvre, et notamment la menace d’emballement au-delà d’1,5°C de réchauffement (par rapport aux niveaux pré-industriels) : vagues de chaleur, extinctions d’espèces, ou déstabilisation des calottes polaires, source de montée des océans sur le long terme. “Chaque petit accès de réchauffement supplémentaire compte, d’autant que passer 1,5°C accroît le risque de changements profonds voire irréversibles, comme la perte de certains écosystèmes”, explique Hans-Otto Pörtner, co-président de cette session du Giec qui a réuni chercheurs et représentants des États toute la semaine dernière en Corée du sud.

“Neutralité carbone” en 2050. Si le mercure continue de grimper au rythme actuel, sous l’effet des émissions de gaz à effet de serre, il devrait atteindre +1,5°C entre 2030 et 2052, note le rapport, basé sur plus de 6.000 études. Et si les Etats s’en tiennent à leurs engagements de réduction d’émissions pris dans le cadre de l’accord de Paris en 2015, ce sera +3°C à la fin du siècle.

Alors que faire, tandis que 2017 a encore vu les émissions mondiales liées à l’énergie repartir à la hausse ? Pour le Giec, pour rester à 1,5°C, les émissions de CO2 devront chuter drastiquement dès avant 2030 (-45% d’ici 2030) et le monde atteindre une “neutralité carbone” en 2050. Autrement dit, il faudra cesser de mettre dans l’atmosphère plus de CO2 qu’on ne peut en retirer, et ne plus se permettre que des émissions “résiduelles”. Villes, industries, énergie, bâtiment… tous les secteurs sont appelés à s’atteler à de “profondes réductions d’émissions” : rester à 1,5°C demandera “une transition rapide et de grande portée”, d’une ampleur “sans précédent”.

“La politique des petits pas ne suffit pas”. Le Giec insiste sur l’énergie, le charbon, le gaz et le pétrole étant responsables des trois quarts des émissions. Et propose plusieurs scénarios chiffrés incluant différentes combinaisons d’actions. “Le rapport donne aux décideurs politiques l’information dont ils ont besoin pour prendre des décisions pour lutter contre le changement climatique tout en considérant aussi les besoins des populations”, explique la Sud-africaine Debra Roberts, autre coprésidente de cette réunion, pour qui ce texte est “un appel à la coordination !”

“Les années à venir seront les plus déterminantes de notre histoire”, estime-t-elle. Pour sa collègue française, la climatologue Valérie Masson-Delmotte, également à Incheon, c’est “un constat lucide et difficile : la politique des petits pas ça ne suffit pas”.

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