Premier jour de prison pour Lula, qui espère une sortie rapide

L’ancien chef de l’Etat brésilien attend une décision de la Cour suprême qui pourrait suspendre son incarcération. La société civile reste divisée. 

Lula, ex-président et favori des sondages pour la prochaine présidentielle au Brésil, a passé dimanche sa première journée en prison à Curitiba, dans le sud du pays, où ses partisans ont organisé la “résistance”, tout en misant sur une très rapide remise en liberté. “La ville de Curitiba va être au centre de notre action politique. Nous ne partirons d’ici que lorsque Lula sortira” de prison, a annoncé au milieu d’une foule de manifestants Gleisi Hoffmann, dirigeante du Parti des Travailleurs (PT), la formation de Luiz Inacio Lula da Silva. “Lula n’est pas un prisonnier de droit commun, c’est un prisonnier politique, le premier prisonnier politique depuis le retour à la démocratie” après la dictature militaire (1964-1985), a-t-elle ajouté.

Décisions de la Cour suprême. Tandis que ses partisans se mobilisent en masse, ses avocats ont encore des cartes en main pour tenter de le faire sortir de prison rapidement. Un premier coup de théâtre pourrait avoir lieu dès mercredi à la Cour suprême. L’un des 11 magistrats qui composent la plus haute juridiction du Brésil, Marco Aurelio Mello, doit soumettre au vote une mesure provisoire qui pourrait suspendre l’incarcération de toute personne ayant encore la possibilité de recours auprès d’une instance supérieure. C’est le cas de Lula, condamné en appel à 12 ans et un mois de prison pour corruption et blanchiment fin janvier.

La société brésilienne divisée. Mercredi dernier, l’ultime obstacle qui le séparait de la prison est tombé, quand cette même Cour suprême a rejeté par 6 voix contre 5 une demande d’habeas corpus qui lui aurait permis de rester en liberté quelques semaines, voire quelques mois de plus, le temps que d’autres recours soient jugés. Mais ce résultat très serré, à l’image de la profonde division de la société brésilienne face à l’icône de la gauche, montre que le vent peut tourner à tout moment. Jeudi, le juge anticorruption Sergio Moro, ennemi intime de Lula, avait pris tout le monde de cours en émettant un mandat de dépôt à peine 12 heures après la décision de la Cour suprême, mais l’ex-président ne s’est finalement retrouvé derrière les barreaux que deux jours plus tard, à l’issue de diverses péripéties.

“Conscience tranquille”. Dimanche, sur les comptes de Lula sur les réseaux sociaux, a été publiée une vidéo enregistrée deux jours plus tôt dans laquelle il se montre particulièrement acerbe envers le juge Moro, selon lui “un esprit malade”, avec une “obsession dans laquelle les mensonges n’ont pas de limites”. “J’ai la conscience tranquille. Cela peut prendre un peu de temps, mais nous allons gagner cette bataille. Qui sait si la semaine prochaine nous ne serons pas ensemble à nouveau”, ajoute Lula, montrant qu’il nourrit un réel espoir d’obtenir une décision favorable de la Cour suprême.

“Inquisition judiciaire”. Au Brésil, Lula est vu par certains comme celui qui a permis de sortir des dizaines de millions de personnes de la pauvreté lors de ses deux mandats (2003-2010). L’incarcération du “guerrier du peuple brésilien” a été dénoncée par les régimes de gauche cubain et vénézuélien. La Havane a critiqué une “persécution injuste” de Lula tandis que Caracas évoquait “une inquisition judiciaire”.

 

Abus sexuels : Bill Cosby face à ses accusatrices pour un 2ème procès

L’ancienne star du petit écran affronte un nouveau procès pour agression sexuelle. Il risque jusqu’à 30 ans de prison. 

Après un premier procès non concluant, l’acteur et légende de la télévision américaine Bill Cosby affronte lundi, à 80 ans, un nouveau procès pour agression sexuelle. C’est le plus important depuis la naissance du mouvement #Metoo et il s’annonce difficile pour lui. En juin 2017, le premier procès de celui que beaucoup surnommaient affectueusement le “père de l’Amérique”, à l’apogée du sitcom The Cosby Show (1984-1992) qui l’a rendu célèbre, s’était soldé par une annulation.

Jurys divisés lors du premier procès. Les douze jurés réunis dans la petite ville de Norristown, à 30 kilomètres de Philadelphie, étaient restés divisés sur la culpabilité ou non de cet octogénaire, symbole de promotion sociale noire et de droiture morale jusqu’à son inculpation en décembre 2015, accusé d’avoir agressé sexuellement une ancienne basketteuse, Andrea Constand, à son domicile en janvier 2004, après lui avoir fait avaler un puissant sédatif. Si plus de 60 femmes ont accusé Bill Cosby de les avoir abusées sexuellement au fil des années, le dossier d’Andrea Constand – qui aura 45 ans mercredi – est le seul dont les faits ne soient pas prescrits.

Cinq femmes autorisées à témoigner. Autre difficulté pour la défense : cinq femmes ont été autorisées par le juge Steven O’Neill à témoigner pour l’accusation. Toutes affirment avoir été, elles aussi, victimes d’abus commis par Bill Cosby, qui les aurait droguées au préalable. Il n’y en avait qu’une au premier procès, mise à rude épreuve par la défense. Elle ne reviendra pas cette fois. “C’est un énorme souci pour la défense”, estime William Brennan, avocat réputé de Philadelphie. “Cela revient à devoir se battre sur plusieurs fronts à la fois”.

Célèbre avocat de la défense. Mais la défense ne part pas perdante pour autant. L’équipe d’avocats du comédien, désormais emmenée par Tom Mesereau, un expert de ce genre d’affaires, a déjà montré qu’elle irait au-delà des moyens déployés par l’équipe précédente. Le juriste a notamment tenté toutes les voies pour empêcher le procès, jusqu’à demander la révocation du juge au motif que sa femme serait proche d’organisations de victimes d’agressions sexuelles. Tom Mesereau est devenu célèbre en 2005 en obtenant l’acquittement du chanteur Michael Jackson, accusé d’attouchements sur des enfants, faisant notamment valoir que les allégations venaient de gens mis en appétit par l’argent de l’interprète de Thriller.

Bill Cosby risque jusqu’à 30 ans de prison. Une ligne de défense qu’il devrait à nouveau employer pour Bill Cosby : l’avocat pourra ainsi révéler au procès la somme qu’aurait touché Andrea Constand aux termes d’un accord à l’amiable scellé en 2006, resté confidentiel jusqu’ici. Exposer de tels accords peut néanmoins s’avérer “à double tranchant”, selon Julie Rendelman, avocate new-yorkaise qui a plaidé sur plusieurs affaires d’agressions sexuelles, car ils peuvent donner l’impression qu’une célébrité acceptant de payer une grosse somme a effectivement “quelque chose d’incriminant à cacher”. S’il est jugé coupable, Bill Cosby – qui a toujours assuré qu’Andrea Constand était consentante- risque jusqu’à trente ans de prison. 

 

Mohammed Ben Salmane, un prince saoudien aux deux visages, en visite en France

La visite du prince héritier d’Arabie Saoudite doit donner un nouveau souffle aux relations franco-saoudiennes. Mais les ONG s’inquiètent des conséquences de ce rapprochement. 

Après trois semaines aux États-Unis et un passage en Grande-Bretagne, le voici donc en France. Le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salmane, est arrivé dimanche à Paris pour une visite officielle de deux jours. Il doit notamment participer à un forum économique et à un dîner à l’Elysée mardi soir. Si la France dit vouloir lancer “un nouveau partenariat stratégique” avec l’Arabie Saoudite, les ONG alertent sur la situation des droits de l’homme dans le pays face à la politique du prince.

Un début d’ouverture. “MBS”, le prince qui bouscule l’Arabie saoudite, affiche l’image d’un jeune et ambitieux héritier de 32 ans à l’allure d’un imposant gaillard à la barbe sombre. Il a été nommé à la succession de son père en juin, après l’éviction de son cousin Mohammed ben Nayef Al Saoud, notamment cité dans l’affaire des Panama Papers. Mohammed Ben Salmane prône un islam modéré et entend dépoussiérer la vielle monarchie. Il vient, par exemple, d’autoriser les femmes à conduire et l’ouverture des cinémas

Sur le plan international, le jeune homme a semblé prôner début avril un rapprochement entre Riyad et Israël, fait inédit puisque officiellement l’Arabie saoudite ne reconnait pas l’Etat hébreu. “Je pense que les Palestiniens et les Israéliens ont droit à leur propre terre. Mais nous devons obtenir un accord de paix pour garantir la stabilité de chacun et entretenir des relations normales”, a-t-il ainsi déclaré dans un entretien au magazine américain The Atlantic. En mars, l’Arabie saoudite avait déjà fait un premier pas en ouvrant son espace aérien à des vols commerciaux israéliens. 

Les libertés fondamentales bafouées. La France entend surfer sur cette nouvelle donne pour se rapprocher de l’Arabie, mais les ONG ne sont pas dupes de la vitrine présentée à l’Occident, et, derrière les déclarations d’intention, tirent la sonnette d’alarme quant à la situation réelle à l’intérieur du royaume wahhabite. Chez Amnesty International, Katia Roux, chargée de plaidoyer du programme Libertés, décrit un prince aux deux visages : “On constate un véritable durcissement de la répression à l’égard de la société civile. Les libertés fondamentales, comme la liberté d’expression ou d’association, sont frontalement attaquées et tous ceux qui critiquent le pouvoir finissent derrière les barreaux, religieux, journalistes ou universitaires, alors que l’on a plutôt l’impression d’une tendance à l’ouverture”, explique-t-elle auprès d’Europe 1. En novembre dernier le prince a ainsi fait arrêter 200 personnes, accusées de corruption, parmi lesquelles des princes, plusieurs ministres et des dizaines d’anciens responsables politiques.

La guerre au Yémen. Les ONG demandent que ces questions ne soient pas éludées par l’Elysée, elles seront aussi attentives à d’éventuels contrats d’armement au moment où l’Arabie saoudite bombarde le Yémen. À Paris, les entreprises seront surtout en ligne pour obtenir des contrats dans le secteur du tourisme, de l’énergie, des transports et du numérique.

 

Gaza : raid de l’aviation israélienne après une “tentative d’infiltration”

L’aviation de l’Etat hébreu affirme avoir tiré sur des “cibles militaires” du Hamas palestinien, en représailles à des infiltrations sur son territoire.

L’aviation israélienne a mené lundi un raid contre des “cibles militaires” du Hamas palestinien dans le nord de Gaza, en représailles à des infiltrations de Palestiniens la veille en territoire israélien pour poser des bombes, a indiqué l’armée dans un communiqué. Il n’y avait pas dans l’immédiat d’informations sur d’éventuels dégâts ou victimes à la suite de ces frappes. La veille, des suspects ont franchi la clôture érigée à la frontière entre Gaza et Israël et ont déposé des “engins explosifs” qui ont été découverts par l’armée, selon le communiqué.

Journée meurtrière. Dans cette région près de la frontière entre Gaza et Israël, neuf Palestiniens ont été tués et plus de 400 blessés par des soldats israéliens lors de protestations vendredi dernier, une semaine après une journée particulièrement meurtrière lors de manifestations similaires. L’armée israélienne “observe avec une grande sévérité l’organisation terroriste Hamas tenter de transformer la clôture de sécurité en une zone de combat en tentant d’endommager les infrastructures de sécurité et de défense”, a indiqué l’armée dans son communiqué.

Crimes de guerre. Dimanche, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, a appelé à la fin du bain de sang dans la bande de Gaza, avertissant que la cour pourrait juger les auteurs de crimes de guerre. Israël a fait face à de vives critiques des organisations de défense des droits de l’homme, y compris israéliennes, pour son utilisation de balles réelles contre les manifestants de la “marche du retour” organisée par les Palestiniens. Le 30 mars, début d’une série de manifestations palestiniennes pour réclamer le retour des réfugiés et la fin du blocus de Gaza par Israël, les violences ont coûté la vie à 19 Palestiniens et blessé quelque 1.400, la journée la plus sanglante depuis la guerre en 2014 entre Israël et le Hamas palestinien.

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