Corée du Nord : des concerts de K-pop très politiques

La Corée du Sud va envoyer une délégation de 160 artistes à Pyongyang, du 31 au 3 avril. Des stars de K-pop vont donner deux concerts. Une première depuis 2007, dans un contexte d’apaisement général.

C’est un concert historique. Pour la première fois depuis 2007, des stars de K-pop (genre musical sud-coréen) vont se produire en Corée du Nord, lors de deux concerts. Au total, Séoul va envoyer 160 artistes (chanteurs, danseurs, techniciens) à Pyongyang, pour une visite de quatre jours, du 31 mars au 3 avril. Un rapprochement de plus, entre les deux Corées, après une année 2017 marquée par de fortes tensions.

Portée symbolique et impact réel. Parmi la délégation de 160 artistes, le groupe de cinq femmes Red Velvet, des stars comme Cho Yong-pil ou encore Choi Jin-He tiendront deux concerts dimanche et mardi. Ces chanteurs, souvent jeunes et aux looks extravagants, proposent un mélange d’électro-pop, dans le plus pure style de la K-pop.

“Kim Jong-un est évidemment au courant de la portée symbolique d’une telle venue”, souligne Pierre Rigoulot, historien du communisme et auteur de l’ouvragePour en finir avec la Corée du Nord, interrogé par Europe 1. “Le dirigeant nord-coréen cherche à montrer que son pays est comme les autres, que la Corée du Nord est un pays ouvert. Il s’agit d’afficher que Pyongyang est sensible à la main tendue venue de Séoul”, explique le spécialiste.

Les deux concerts se tiendront dans le grand théâtre de Pyongyang Est (1.500 places), ainsi qu’au Gymnase de Ryugyong Jong Ju Yong (12.000 spectateurs). Pierre Rigoulot tient tout de même à relativiser la portée réelle de l’événement. “Il faut souligner que les concerts ne vont pas dépasser le cercle habituel des gens en qui le régime a confiance”, indique l’historien. Pas question, en effet, pour le gouvernement nord-coréen, d’ouvrir en grand les portes culturelles. Le régime de Kim Jong-un a ainsi refusé que la star Psy, auteur du célébrissime Gangnam Style, dont le clip a été vu plus de 3 milliards de fois, se produise, en raison de son comportement jugé trop provocateur.

Le poids des sanctions. Quelques semaines après la présence d’une délégation nord-coréenne aux JO d’hiver en Corée du Sud, à quelques jours d’un sommet entre Nord et Sud, et alors qu’un dialogue avec les Etats-Unis est en passe d’être renoué, cet événement culturel arrive donc dans un climat d’apaisement général. “Dans le contexte actuel, avec le virage à 180° opéré depuis le début de l’année, c’est un événement important”, estime Pierre Rigoulot.

La Corée du Nord souhaite tirer des avantages de ce genre d’initiative, qui dépasse le seul plan politique et culturel. “Kim Jong-un peut surtout espérer des gains économiques. La situation alimentaire et sanitaire est difficile pour le gouvernement du Nord et elle s’est accentuée avec les sanctions internationales”, détaille l’historien du communisme.

Avec ce geste supplémentaire, qui arrive au moment où la Corée du Nord s’est “engagée à la dénucléarisation”, l’objectif de Kim Jong-un est donc d’obtenir une inflexion concernant les sanctions qui touchent son pays, même si le régime dément cette théorie. Une étape de plus dans la “diplomatie sinusoïdale” menée par la Corée du Nord depuis des décennies.

 

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