MC Solaar : “Je parle un peu comme Leonard Cohen, Gainsbourg ou le slam”

Le rappeur, revenu sur le devant de la scène après dix ans d’absence, raconte le temps qui a passé et prend du recul sur son statut de “poète urbain”.

Dix ans que son nom était resté en sourdine. Puis MC Solaar est revenu en novembre avec Géopoétique, un opus fait d’arrangements funk, électro et de musique classique. Il y parle notamment du temps qui passe, toujours avec des textes emprunts de poésie. Invité dans Il n’y a pas qu’une vie dans la vie, Claude M’Barali, alias MC Solaar, a expliqué comment il avait occupé sa décennie et quel rapport il entretient avec son image de rappeur décalé.

Des chansons à chanter à tout âge. En une décennie – entre Chapitre 7 etGéopoétique – MC Solaar s’est marié, à eu deux enfants, un garçon et une fille. Il a aussi voyagé. “La musique avait presque disparu de ma vie. (…) Dix ans ont fait que je prends les choses avec un peu plus de recul (…). L’âge aidant, ce sont toujours les mêmes sujets mais traités différemment.” Il affiche désormais 48 ans. “Mais dès 20 ans, j’étais dans l’histoire du temps. Je ne sais pas pourquoi, peut-être pour structurer ma pensée.

Je n’ai pas peur de mon âge mais j’aime bien me dire que la vie va peut-être finir, donc profitons-en et tentons de faire des belles choses”. Souvent, c’est le thème de ses chansons. Il en est sûr : ” Quand on met un peu de poésie ou de fond, c’est ‘rechantable’ à n’importe quel âge. Je peux encore chanterBouge de là, Caroline ou Solaar pleure”, assure-t-il.

Depuis le premier jour, je dis que je fais de la poésie urbaine. Je parle un peu comme Leonard Cohen, Gainsbourg ou le slam.

” Ma discipline, entre la chanson française et le rap”. Car même s’il confirme la légende qui veut que l’écriture de ses textes se fasse juste avant d’enregistrer, pour la “spontanéité”, avoir des textes avec du fond a toujours été son créneau. Il a d’ailleurs la réputation d’être le rappeur le plus lettré dans le milieu français. “Je crois que je fais de la chanson française. La chanson est rappée mais c’est de la chanson puisqu’il semble que tout le monde fasse du rap”, lance-t-il.

“La chanson, c’est des émotions, il faut mettre la bonne dose. Dans le rap, on doit remplir des pieds, trouver des flows. Quelquefois, la forme est plus importante que le fond. Ça ne me dérange pas. Depuis le premier jour, je dis que je fais de la poésie urbaine. Je parle un peu comme Leonard Cohen, Gainsbourg ou le slam.

Mais les rythmes sont rap donc je fais ma discipline, entre la chanson française et le rap”, définit-il. “Je ne pouvais pas faire la même chose que les autres personnes que je côtoyais dans les studios. On ne peut pas faire la même toile, le même roman. Mais comme le mouvement mondial était d’une certaine façon, j’étais un peu isolé, parfois pas compris.”

Maître des mots. Tout concordait pourtant à ce qu’il utilise un vaste champ lexical. Son père était traducteur. Lui voyait bien aussi son destin graviter autour des mots. Leur pouvoir, il le découvre quand il passe en seconde. “Je suis allé à la bibliothèque de Villeneuve-Saint-Georges, puis à Beaubourg. Il y avait des livres sur les jeux de mots, des livres de Queneau. En bas de chez moi, des gens commençaient à rapper et je me suis dit ça ressemble, il y a des assonances. Les livres, quand on a envie de s’exprimer, ils donnent des clés. Les bouquins arrivaient à te maintenir pendant une heure.” La touche finale vient aussi d’un cours d’ethnologie sur le rap qu’il prend à la fac de Saint-Denis avec Georges Lapassade. Ce professeur lui conseille de ne pas perdre son identité. “C’est une superbe rencontre, sinon je serais rentré dans la musique sans liberté.”

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