Etats-Unis: Les républicains mal à l’aise après les confidences de Trump. Bruxelles : De grandes attentes face à de sérieuses divergences.

Aux Etats-Unis, les républicains sont une fois de plus mal à l’aise suite aux révélations du Washington Post. Le président américain a-t-il révélé des informations ultra sensibles, concernant une opération du groupe Etat islamique en préparation, au chef de la diplomatie russe lors de leur entretien dans le bureau ovale ? Non, répond la Maison Blanche, obligée d’affirmer que Donald Trump n’a pas compromis la sécurité nationale.

L’entourage du président des Etats-Unis a donc du mal à limiter les dégâts, d’autant que le New York Times affirme à présent que le président a tenté de faire annuler l’enquête sur les liens du général Flynn avec la Russie.

Si de nombreux élus républicains défendent encore leur président, jugeant qu’il a le droit de partager toute information qui lui semble utile, classifiée ou non, plusieurs ténors du parti conservateur prennent leur distance avec Donald Trump.

Le sénateur John McCain qualifie les révélations du Washington Post de « très troublantes », pour son collègue Ben Sasse, elles sont même « effrayantes ». Le sénateur Bob Corker déplore « un manque de discipline qui crée le chaos » et qui fait que « la Maison Blanche se trouve selon lui désormais dans un tourbillon qui la tire vers le bas ».

La républicaine Susan Collins, membre du Comité du Sénat sur le renseignement, va encore plus loin : l’attitude de Donald Trump risque de décourager à l’avenir les alliés américains qui voudraient partager des informations pourtant vitales pour la sécurité des Etats-Unis, craint-elle.

De son côté, le président de la Chambre des représentants, Paul Ryan, demande une explication complète des faits de la part de l’administration. Et Mitch McConnell, chef de file des républicains au Sénat, a du mal à cacher son agacement: « Avec un tout petit peu moins de drames à la Maison Blanche, nous pourrions enfin faire avancer les choses et nous concentrer sur notre agenda », a-t-il déclaré.

Le général McMaster à la rescousse du président

Les démentis se succèdent donc et ne se ressemblent pas, constate notre correspondante à Washington Anne-Marie Capomaccio. Et c’est le conseiller à la sécurité nationale du président Trump qui s’est trouvé forcé de répondre aux journalistes.

Ses premières dénégations sur les révélations du Washington Post ne suffisaient plus, anéanties par un tweet matinal du président, qui écrivait en substance, « J’ai parfaitement le droit de donner des informations aux Russes ». Le général McMaster est habile.

Il confirme factuellement l’enquête du Washington Post, mais répète 10 fois le terme « approprié » : le président, dit-il, n’a rien fait d’illégal. Le conseiller confirme que ces révélations n’étaient pas prévues. Les éléments de langage, comme disent les diplomates, n’étaient pas préparés, Donald Trump a parlé sur l’inspiration du moment.

Et d’ailleurs, ajoute le général McMaster, il ne pouvait pas tout révéler aux Russes : « Les informations partagées étaient parfaitement appropriées car je dois vous dire très clairement : le président ne savait même pas d’où provenaient ces informations. Il n’avait pas été briefé sur la source, ni sur la méthode ! »

Les fautifs, d’après le général McMaster ce sont les journalistes : « La sécurité nationale est en effet en danger, à cause de ces fuites ! Ce n’est pas la première fois que ça se produit, et je pense qu’il est important d’enquêter sur ces agissements. »

La Maison Blanche ne maîtrise pas sa communication

Comme en réponse à ces accusations, la presse américaine s’en donne à cœur joie sur cette affaire, et diffuse en boucle les meetings de campagne de Donald Trump, à l’époque où le candidat faisait chanter « Hillary Clinton en prison ».

« Nous ne pouvons nous permettre d’avoir dans le bureau ovale, une personne, qui ne comprend pas la signification du mot “classifié” », disait alors Donald Trump.

Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que la Maison Blanche ne maîtrise pas sa communication. Certains conseillers ne cachent pas leur exaspération. Le porte-parole apprend dans la presse qu’on lui cherche un remplaçant. Donald Trump a la solution. Il propose de tenir lui-même les points de presse.

Les démocrates, comme le sénateur Schiff, sont de leur côté en colère contre un président qu’il faut surveiller en permanence. « Le tweet du président suggère qu’il a bien parlé d’un sujet grave, affirme le sénateur. Et nous devons immédiatement tenter de limiter les dégâts pour prévenir le danger que nous faisons courir à nos sources. »

Donald Trump a fait sa première visite officielle dans la capitale des institutions européennes, mais la méfiance est de mise face à un président jugé imprévisible et impulsif.

Donald Trump devait passer près de 24 heures à Bruxelles, du mercredi 24 au jeudi 25 mai, sa première visite officielle dans la capitale des institutions européennes, pour un programme très chargé.

Mini-sommet de l’OTAN, rencontre avec le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et celui du Conseil européen, Donald Tusk, déjeuner de travail avec le président français, Emmanuel Macron…

Si les relations se sont quelque peu normalisées avec le 45e président des Etats-Unis, les Européens n’ont pas oublié que M. Trump s’était à plusieurs reprises réjoui du « Brexit » en début de mandat ou avait qualifié Bruxelles de « trou à rats »…

Ils continuent à se méfier d’un président jugé imprévisible et impulsif. Et les sujets de désaccord ou d’incompréhension mutuelle restent par ailleurs nombreux.

Défense. La question des dépenses que les Européens consacrent à leur défense est un des principaux sujets de divergence avec Washington. Il ne sera toutefois que survolé lors du « mini-sommet » de l’OTAN, jeudi.

Après les remontrances de M. Trump, qui invitait ses alliés à « payer la facture » en échange de la garantie du maintien de la protection américaine, le dossier a fait l’objet de plusieurs réunions.

Elles ont (temporairement ?) calmé les esprits et, en juin, les alliés européens au sein de l’Alliance s’engageront sans doute à rédiger des plans nationaux en vue, si possible, d’arriver à 2 {4dc923cd63e751b42aa703ccc2cfc295a40edc50c57eadfcd3f2310cf389fcf9} de leur produit intérieur brut (PIB) consacré à la défense à l’horizon 2024.

Pour l’instant, Washington fait mine de se satisfaire de cette promesse, sachant que la question est pendante depuis de nombreuses années et notant qu’en un an, les dépenses des Européens se sont accrues de plus de 3,6 {4dc923cd63e751b42aa703ccc2cfc295a40edc50c57eadfcd3f2310cf389fcf9}.

Une performance inédite. Les Européens attendent, eux, une déclaration du président américain sur l’article 5 du traité de l’OTAN (assistance mutuelle en cas d’attaque armée), et une confirmation que les Etats-Unis continueront bel et bien à se soucier de la sécurité de leurs alliés, contrairement à ce que le candidat républicain avait laissé entendre durant sa campagne.

Federica Mogherini, la haute représentante aux affaires étrangères de l’UE, a résumé les attentes à ce sujet, mercredi : « J’espère un message de continuité par rapport à ce que nous avait dit Mike Pence [le vice-président américain] lors de sa visite à Bruxelles [mi-février]. »

Diplomatie. Le récent revirement du président Trump sur l’islam et la question saoudienne, avec sa conséquence directe, la mise au ban de l’Iran, est un autre motif d’agacement à Bruxelles. Le moment est jugé particulièrement malvenu puisque le réformateur Rohani a été réélu et manifeste des volontés d’ouverture et d’apaisement.

La diplomatie européenne s’est fortement impliquée dans l’accord sur le nucléaire iranien – c’est sans doute, d’ailleurs, l’un de ses rares faits d’armes – et ne veut pas voir remise en cause la relation avec Téhéran et l’équilibre, fragile, de cet accord.

Preuve quand même que les Européens veulent afficher leur bonne volonté en présence de M. Trump : les 28 pays membres de l’OTAN devaient annoncer qu’ils rejoignent formellement la coalition internationale contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Même si la France, selon nos informations, maintient cependant quelques réserves, craignant que l’arrivée de l’OTAN ne fragilise la cohésion de la coalition. Les Etats-Unis, qui dirigent cette coalition, réclamaient depuis plus d’un an que l’OTAN en devienne membre à part entière.

Climat. C’est un des principaux messages que devaient vouloir faire passer les Européens à M. Trump depuis Bruxelles : les Etats-Unis ne doivent pas renoncer à appliquer les accords de Paris sur le climat. Le président Macron devait aborder le sujet lors de son déjeuner avec le président américain.

Les présidents Tusk et Juncker étaient censés faire de même. Mercredi, le secrétaire d’Etat américain a cependant prévenu que M. Trump « n’a pas encore pris de décision définitive sur la participation des Etats-Unis à l’accord de Paris sur le climat, il étudiera le dossier à son retour à Washington ».

Commerce, libre-échange. Les Européens sont moins inquiets qu’en début d’année, quand le président Trump avait dénoncé l’Accord de partenariat transpacifique (TPP), avec une dizaine de pays d’Asie et d’Amérique latine, longuement négocié par son prédécesseur Obama.

Ils craignaient le retour à un protectionnisme dont l’UE, partenaire commercial conséquent des Etats-Unis, aurait forcément souffert. Ils estimaient que le Traité de libre-échange transatlantique (TTIP, ou Tafta), l’accord de libre-échange qu’ils négociaient laborieusement depuis 2013 avec l’administration Obama, était définitivement « mort ».

Ils s’inquiétaient enfin du mépris affiché de M. Trump pour les relations « multilatérales », pourtant aux fondements des relations commerciales au sein de l’Organisation mondiale du commerce.

Mais M. Trump n’a pas encore mis à exécution ses menaces d’élever fortement les droits de douane à l’importation des produits venant du Canada ou du Mexique.

Et si les Etats-Unis continuent à mettre en doute l’intérêt des relations commerciales multilatérales, certains à Bruxelles se mettent à rêver d’une réactivation des discussions autour du TTIP.

« Jean-Claude Juncker avait dit qu’il faudrait deux ans à Trump pour comprendre le fonctionnement de l’Union européenne. Cela ne fait que six mois qu’il est en poste », glissait un diplomate européen mercredi, quelques heures avant l’arrivée du président américain…

Même si personne à Bruxelles ne s’attend à des annonces fracassantes ou, a contrario, à des déclarations « apocalyptiques » de M. Trump, on se félicite que le président américain ait « pris le temps de venir ». « C’est cela le plus important », estime un diplomate.

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