«Baccalauréat», la roulette roumaine du cinéaste Cristian Mungiu

Faites le test de votre moralité. La fin justifie-t-elle les moyens ? Chacun trouvera sa propre histoire dans Baccalauréat. Le film raconte le destin d’une élève modèle qui risque de rater son bac après une agression. Alors son père, un médecin réputé intègre, essaie de sauver la mise.

L’action se déroule dans une cité banale d’une petite ville de Transylvanie, mais touche à l’universel. Avec un réalisme effroyable, le réalisateur roumain Cristian Mungiu, 48 ans, filme les soubresauts d’un ordre moral qui nous concerne tous. A partir de ce mercredi 7 décembre dans les salles en France.

Avez-vous déjà vécu ce cauchemar d’avoir raté le bac ? Le réalisateur roumain Cristian Mungiu nous raconte un jeu cinématographique à trois bandes. Le point de départ est l’histoire d’Eliza, très bonne élève en train de passer son bac. Juste avant les premières épreuves, elle est victime d’une agression et risque de rater l’examen. Son père va alors tout mettre en œuvre pour qu’elle réussisse.

Le poison des petits arrangements

Déjà Palme d’or en 2007 avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, le réalisateur Cristian Mungiu a été couronné pour Baccalauréat par le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes. L’histoire, scénarisée et filmée avec une extrême précision, est en fait un jeu troublant avec notre morale. A la fin, il n’y a que des perdants dans cette histoire : nous tous. Cette remise en question de toute une vie concerne toutes les sociétés.

En longs plans-séquences, Mungiu passe sous le scanner tous les petits arrangements de nos vies quotidiennes : la géométrie variable de nos valeurs, l’appât du gain, la grande corruption, les pots-de-vin et passe-droits indolores, la lâcheté vicieuse et banale. Le chef de file du nouveau cinéma roumain met scrupuleusement en lumière les limites entre compromis et compromission. Une fois la ligne rouge franchie, il n’y a aucun retour en arrière possible.

Une Roumanie corrompue et malade

Que dire sur Romeo (remarquablement interprété par Adrian Titieni), le père d’Eliza, un médecin réputé et jusqu’ici honnête à l’hôpital ? Il vit avec sa femme, une bibliothécaire effacée, et sa fille dans un petit appartement. Une vie calme et sans grands soucis au prix d’une désillusion complète. Sa seule ambition restée intacte depuis son retour en Roumanie après la révolution de 1989 ? Romeo veut à tout prix que sa fille fasse des études dans une prestigieuse université anglaise, loin de cette Roumanie corrompue et malade. Pour cela, elle a besoin d’une moyenne de 18 points au bac.

La complicité des corrompus accapare la société

Et puis survient l’incident. Sur le chemin de l’école, un inconnu essaie de la violer sur un chantier près de l’école. Car ce jour-là, le père n’avait pas déposé sa fille devant le lycée. Il était aller voir sa maîtresse avant d’aller travailler à l’hôpital. Résultat : traumatisée et blessée au bras, sa fille va rater son premier examen. Pour la première fois, le père fait jouer ses relations. Un coup de fil chez le proviseur en échange d’une transplantation de foie. Romeo gagne la complicité des corrompus, mais perd toute crédibilité auprès de lui-même.

A la place de nous tous

La fin justifie-t-elle les moyens ? L’incident fera exploser tout le système de valeurs et le système familial. Et bien trop tard nous découvrons le génie impitoyable de Mungiu. Le médecin Romeo vit cette épreuve redoutable à notre place à tous.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *