Sommes-nous Charlie ou Dieudonné? La liberté d’expression à géométrie variable du Canada Par Dr Jean Fils-Aimé, Ph.D.

Lorsque le 7 janvier 2015, des terroristes ont pris d’assaut les locaux du journal satirique Charlie Hebdo à Paris et qu’ils ont substitué la dialectique des armes à la dialectique du crayon, en assassinant lâchement des journalistes qui ont osé rire et faire rire des excès des Islamistes, tous les citoyens sensés du monde ont pris fait et cause pour le sacro-saint principe de la liberté d’expression.

En ce jour-là, nous étions tous Charlie. Nous étions Charlie, non point parce que nous étions d’accord avec toutes les caricatures des journalistes de Charlie Hebdo, mais plutôt au nom du socle de la liberté d’expression. Car nous avons compris qu’en substance, le vil assassinat des journalistes de Charlie Hebdo a ramené au goût du jour la question suivante: « pouvons-nous rire de tout, c’est-à-dire, absolument de tout »?

À cette question, nous avons répondu que dans une démocratie et une société laïque, on doit pouvoir rire de tout: des gros, des maigres, des blondes, des Blancs, des Noirs, des Arabes, des homosexuels, des handicapés, des religions, de Dieu, des dieux, etc. Rien ne doit échapper au bistouri de l’humour. C’est l’un des piliers fondamentaux d’une société libre, laïque et démocratique. En effet, la jeune histoire de la démocratie nous apprend que ce n’est pas l’excès d’humour qui tue la liberté d’expression, mais l’excès de censure. En démocratie, l’excès d’humour est préférable à la censure. Voilà ce qui nous a valu d’être Charlie en janvier 2015.

Mais très rapidement « Je suis Charlie » est devenu une formule du « politically correct » par laquelle des politiciens de tous poils et de tous bords ont cherché à se faire du capital de sympathie. Allons-nous oublier cette parade ou cette mascarade du dimanche 11 janvier de la même année, quand 44 chefs d’Etat et de gouvernement ont marché côte-à-côte, quand des démocrates ont marché avec des dictateurs, des gens de gauche ont fait l’accolade à des leaders d’extrême droite, sous les regards ahuris de plus d’un million et demi de personnes? En ce jour-là, nous étions tous Charlie pour défendre le principe fondateur de la démocratie qu’est la liberté d’expression.

Or, que suppose la liberté d’expression? À cette question simple, la réponse doit être tout aussi simple: le droit de l’autre de dire ce qu’il pense, même si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il dit ». À cet égard, Voltaire n’aurait-il pas dit:

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire »?

Force est de constater que la liberté d’expression est un concept élastique que l’on applique au gré des intérêts en jeu, et un principe à géométrie variable. Autrement, comment expliquer que les mêmes politiciens Québécois et Canadiens qui étaient tous Charlie pour défendre le principe de la liberté d’expression, quand il s’agissait de rire de la foi des Musulmans en janvier 2015 se rebiffent et font chorus contre le même principe quand l’humoriste français Dieudonné Mbala Mbala rit du métarécit juif du monde? Comment expliquer que les mêmes politiciens québécois et canadiens qui étaient Charlie jusqu’aux larmes et avec épanchement quand il fallait défendre le droit de rire des croyances des Musulmans se liguent-ils jusqu’au sang contre le droit de Dieudonné Mbala Mbala de rire des excès des Sionistes juifs dans le conflit israélo-palestinien?

La triste vérité est que selon qu’on rit des Musulmans ou des Juifs, la liberté d’expression est principe ou crime? Selon qu’on rit des Musulmans ou des Juifs, les politiciens Québécois et Canadiens sont Charlie ou anti-Charlie. Ainsi, puisque Dieudonné Mbala Mbala rit des excès du gouvernement juif et des Sionistes contre le peuple palestinen, son humour ne relève plus de la liberté d’expression mais « du crime haineux ». Et au nom de ce crime préfabriqué pour un certain type d’humoristes, on a interdit à Dieudonné l’entrée au Canada, parce qu’il a osé faire rire non pas des Musulmans mais des excès des Sionistes juifs.

Et si Donald Trump devenait Président des États-Unis?

Imaginons un seul instant que Donald Trump devienne Président des États-Unis. Ces mêmes politiciens qui voient dans l’humour de Dieudonné Mbala Mbala « un crime haineux », oublieront très vite les excès de langage de Trump. Lui qui vocifère à moult reprises que les Mexicains sont des violeurs et des trafiquants de drogue, que les Musulmans sont des terroristes. Lui qui incite explicitement à la violence dans ses rassemblements de campagne, pour ne citer que ces crimes-là… Ces mêmes politiciens qui jouent à la vierge offensée devant l’humour de Dieudonné vont faire la courbette devant Donald Trump et se précipiteront pour lui ouvrir les frontières du Canada.

C’est à se demander si les politiciens nous prennent pour des canards sauvages? Sûrement. Mieux encore, y a-t-il un lien entre la politique et le métier du sexe? Nous sommes plusieurs à penser que oui: les deux se donnent aux plus offrants.
Alors, la prochaine fois que nous verrons un politicien se lever pour défendre le principe sacro-saint de la liberté d’expression, demandons-nous secrètement: mais avec qui a-t-elle couché cette pute?

Dr Jean Fils-Aimé, Ph.D.

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